
Depuis quelques semaines, j'avais augmenté mes distances et mes gains en
altitude à la montagne. Y allant d'un 20km le mardi précédant avec un 800m
de d+ (dénivelé). J'étais prêt! Dimanche matin. Après une belle nuit de sommeil
sans stress, mon départ étant à 12:00 et demeurant à 40min de Bromont, je
pouvais relaxer samedi soir et faire de même dimanche matin. On prépare
l'équipement. Les souliers, les chandails, les manteaux, les gants, la tuque,
les casquettes....l'automne (il faisait 2°) il faut se préparer en conséquence.
Une fois l'artillerie prête, on y va pour le déjeuner. Habituellement je mange
2h avant mon départ. Cependant, comme je serai en route ou sur place, j'ai dû
prendre mon repas 3h avant. Ce n’est pas très inquiétant. Après tout ce n'est pas un
marathon, c'est ''juste'' un 25km. Mais pour moi c'est un 25 un peu spécial. Je
n'ai jamais fait cette distance en sentiers que ce soit en entraînement ou en
compétition. De plus, je ''célèbre'' ma 50e compétitions depuis que je cours en
2009. On part! En réalité c'est plus...je pars!. Les enfants ayant de leur côté
leur activité respective, c'est maman qui restera avec eux.

Un p'tit 40min plus tard et hop Bromont me voilà. À première vue y'a pas
grand monde. (spectateurs) Évidemment, le 160km est parti depuis plusieurs
heures, en fait 24h, le 80km et le 55km ce matin et il reste mon départ pour le
25km à 12h00. Je réalise du coup que je suis dans un course qui organise un
160km. Il y a 38 coureurs qui se sont inscrits à cette course de fou. J'ai
quelques connaissances-amis qui ont pris le départ. Je le dis souvent. Juste de
s'inscrire et de prendre place sur la ligne de départ c'est un exploit en soit.
Imaginez le terminer?! Sur le site je croise plusieurs CFB. (connaissances
Facebookiennes) et des amis coureurs que je croise régulièrement durant les
compétitions. C'est toujours inspirant de parler avec eux. Je croise le gagnant
du 160km, Joan, et jase un peu avec lui. Il a l'air d'un gars qui vient de faire
une grosse sortie avec sa bière à la main. L'homme d'endurance vient de se
taper 22h00 de course. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment le corps
humain peut prendre cette charge. Il est 11h15. Habituellement, lorsqu'il reste
45min avant le départ j'entre dans ma phase de préparation. Évaluation de la
météo pour l'habillement, choix de chaussures (dans ce cas c'est pas trop
difficile), dernière gorgée d'eau et boisson énergétique. Reste à faire un
léger réchauffement (très léger). Ça ne vaut pas la peine d'aller activer ne
serait-ce qu'une infime substance lactique avant le départ. Habituellement
après quelques mètres en montée elle fait déjà sont apparition. Bien entendu il
faut travailler avec en entraînement pour l'apprivoiser.
Reste 15min avant le départ. Réunion de course d'avant course. Pas très
compliqué. Les sentiers sont à 99% secs, suivez les drapeaux roses et pas
d'ours ou de couguars à se préoccuper. Cool! À Sutton il y a 3 ans, le gars
m'avait marqué lorsqu'il avait dit qu'il fallait être prudent si on voyait un
couguar. Fiouuuu! Pour une 2e fois cette année, j'apporte ma GoPro avec moi.
J'en profite! C'est tellement déconnectant une course en sentiers. On prend
place sur la ligne de départ. En fait, dans le gazon à peu près là. J'aime les départs
de ''trails''!!! Rien de précis, aucune prétention, pas de stress.... Une
petite jasette avec quelques connaissances, une photo avec une ''admiratrice'' à la dernière seconde (t'avais l'air contente Marie :P et c'était réciproque) et voilà le décompte.
10-9-8.....tous ensemble...3-2-1 et on part!


Déjà au départ c'est un peu la folie. Je me retrouve entre la 20-25e place.
Non! Je ne me ferai pas pogner à partir comme un fou pour casser à 2km puis le
regretter pour les 23 autres km. Oh que non! D'autant plus que le départ, pour
les 2.5km, se fait sur un chemin de campagne. Un bel endroit pour sortir la
GoPro.

C'est faux-plats tout le long. Je reprends les positions perdues. Je
reprends le naturel. Je me retrouve 10e. Mon objectif: me tenir loin du
premier. Et naturellement, c'est déjà fait. Le 2.5km de route est terminé.
L'action commence. La 1ère montée est sous mes pieds. Ouff! Les tendons au bas
des mollets sont déjà en douleur. Ok! Je me réajuste. On court avec des plus
petits pas. J'ai 200m de fait dans les côtes et ça y est....je marche. À
St-Donat en juin j'avais couru longtemps avant de marcher, mais je l'ai regretté
vers la fin. Je me reprends cette fois-ci. Pas de honte à marcher et surtout on
prend tout l'orgueil et on l'enferme à double-tour avec du gros ''docktape'' sur
la bouche pour être certain de ne pas entendre sa tite voix nous dire:
<<qu'est-ce tu fais là? Tu marches?>> Ta yueule l'orgueil!

Je continue. La course reprend après un 200m de marche. Lentement, mais je
cours. La douleur aux mollets commence à disparaître. La boucle du lac Gale est
belle. Longue, mais très courable. Ça ressemble à certains endroits au mont
St-Hilaire. 9km de fait. La boucle se termine. À ce moment je dépasse 2
coureurs. Un en course et l'autre qui s'est arrêté au premier poste de ravito.
J'amorce la plus importante montée du 25km. Un 150m. Je m'y suis entraîné
durant 4 semaines à faire des montées à 10km de distance. Ça paye! Je ne
marcherai que sur quelques mètres. Je cours toujours. Je prends une place. Un
coureur mal en point (semble être tombé par la couleur de son linge)

Là, pu
grand monde au-devant. Si mes calculs sont bons, je suis 7e. Tout à coup je
dépasse une fille que je n’avais pas remarquée au départ...elle marchait???
11km de fait et maintenant en 6e place. Je commence à penser que je vais devoir
oublier le top5 puisque même dans la longue descente je ne vois rien au loin.
Et puis à quelques mètres du retour sur la route (12e km) j'aperçois au loin un
chandail orange fluo. Il y a un 1km à faire. J'aurais pu clencher et ne pas faire
ma course. Les 49 courses précédentes m'ont appris que je dois faire ma course
et pas celle des autres. Surtout en sentiers puisque les repères sont souvent
déformés.

Nous retournons au départ. (ou croisons ce que va être l'arrivée dans 10km)
Parlant de repères, les organisateurs parlaient d'une première boucle de
15-16km avant de revenir au point départ-arrivée. M'approchant à grands pas, je
remarque sur ma montre que j'ai seulement 13.5km..??? Je sais qu'en sentiers il
peut y avoir des dispersions de distances, mais de 2.5km à 3.5km sur 15-16km ça
fait gros. Mais comme je suis le seul et unique trajet (ce que je pense) ça
doit être une erreur de première boucle. La 2e sera plus longue, je me dis.
C'est plat pour bon petit bout. Oh! Le gars en avant se retourne. C'est
l'entrée du top5 qui commence.


Nous terminons ce 25km dans les sentiers de vélo-montagne. Il reste 10km. Il
n'y a plus de montée abrupte. Mais il n'y a plus de faux plats non plus. C'est
des petites montées et descentes sans fin. Et combien de ''S''. Des courbes à
90° et 180°. C'est l'enfer!!! Pendant une montée constante, le 5e devant moi
n'est plus capable de suivre. Il ralentit à vue d'oeil. J'attaque? Non! Je
demeure dans ma zone. Je continue à faire ma course. Je me suis dit que je le
voyais pas il y a 2 ou 3km et là il est tout juste devant moi. Il reste 8km. Je
le passe. Je l'encourage. (en français) Il me dit qu'il parle anglais. Je
l'encourage (en anglais). Il me dit que c'est sa première course en sentiers.
Il me dépasse dans une petite descente. Je le dépasse à nouveau en montée. Et
là, il est cuit. Il est au bout du rouleau. Je lui glisse un petit conseil ''on
the side'' de ne pas accélérer pour rien en descente et se laisser aller. Je
lui souhaite bonne chance pour la fin. (en anglais et je sais que je ne le
reverrai pas de toute façon) La respiration, ça ne ment jamais. Je vois dans
les courbes au loin 3 des participants qui sont devant moi. Mais comme c'est
beaucoup de courbes et que c'est impossible de savoir à quelle distance ils sont,
j'oublie très rapidement la chasse. Peut-être la fin, si jamais l'un d'eux casse???

Le 19e km. Les jambes commencent à ressentir le 1h40 de course assez
intense. Je suis étourdi à force de tourner dans les courbes. On croise et
recroise des sentiers à se demander si on s'est pas trompé de direction. La
montre sonne! 20e km de complété. À ce moment précis je me suis dit <<hey
il te reste 3km à faire en mode ''easy run'' et tu donneras tout ce qui tu as à
donner pour les 2 derniers.>> À St-Donat j'ai arrêté 4 fois du 19e au 21e
km. J'étais vidé. Il faisait chaud, très chaud. Là c'est différent. Je suis
encore bien, il fait froid, mon plan de match est respecté à la lettre...le
meilleur est à venir. Ça y est, je sors finalement du labyrinthe. Une belle petite
montée dans du gros gazon avec une superbe vue d'automne. On sort la GoPro. Je
me parle un peu en me filmant pour me changer les idées.

Soudain une femme et
une petite fille avec un dossard à ma droite dans un embranchement??? Hein?
Qu'est-ce qu'il font là à 3-4km de la ligne d'arrivée?? Ça tourne vers la
droite. Je quitte le gazon pour une belle poussière de roche. Et là je
m'aperçois que je reviens pas très loin du départ. En fait de l'arrivée!!! Hein????
Je regarde ma montre. 21.9km!!! Heuuuu ça ne marche pas là! Ok ça doit tourner
à gauche? Ben non sur le plan on croisait pas de route en asphalte!! Ma montre
qui n'est pas correcte? Ben non!!! Ok je me suis trompé dans les courbes qui
donnent mal au coeur? Et là j'y repense. J'ai passé à 13.5km au point de départ-arrivée
alors qu'ils avaient dit 15-16km. Je me suis trompé dans la première boucle???
Ben non! J'ai dépassé le gars en chandail orange. Aurait-il lui aussi pris un
mauvais chemin et je l'aurais suivi??? Bordel!!! Tout ça se passe dans ma tête
en à peu près 30sec. Je me sens mal. J'ai peur d'avoir ''triché''. Je déteste
les tricheurs. Merde!!! 22.3km de fait! C'est inévitable je vais entrée dans
l'arche d'ici 2min max. Bordel de merde!!! La dernière chose que je veux entendre c'est l'annonceur dire: <<et voilà notre gagnant du 25km, le
tricheur du mont St-Hilaire, Danic Audet>> Je trotte! On dirait surement
dans ma face que je ne veux pas finir. Et là l'annonceur parle: <<et
voici un autre concurrent au 25km s'il s'agit de Danic Audet, bravo!!!>>.
Je suis OUT! Je termine la course au ralenti comme si ce n’était pas vrai. Je
cours avec un point d'interrogation dans l'front. J'entends les encouragements
des quelques spectateurs présents, mais je ne pense qu'à une seule chose. Ai-je
pris le bon chemin???


 |
| Tellement avoir l'air d'être trop content!!!! :P |
Je m'approche de la ligne d'arrivée. Un membre de mon équipe de course, Marc
Massé pour ne pas le nommer, prend des photos. Je vois quelques visages que je
connais. Je vois Alister (le gars qui a fait circuit) et quelques dossards
bleus qui sont les gars qui étaient à l'avant de moi. Je croise finalement le
fil d'arrivée. Mon sentiment ''du gars qui n'est pas à la bonne place'' est
encore bien présent. Des poignées de mains. Nancy (amie Facebook et coureuse)
vient me remettre avec son plus grand sourire ma médaille. Mais encore je n'ai
qu'une idée en tête. Est-ce que je me suis trompé?? Tiens! Je vais avoir la
réponse. Alister Gartner, qui a terminé premier et qui a fait le circuit est
là. On se connait un peu pour s'être croisé à quelques reprises dans d'autres
courses. C'est ma première question. <<Alister, tout d'abord bravo pour
ta première place, mais avant je veux savoir si c'est normal que j'ai juste
22.6km sur ma montre??>> Il me répond: <<oui c'est normal, je
l'avais calculé à 23.4km environ. Et les gars derrière moi ont tous des
distances entre 22 et 23km...>> ET BANG! La pression, le stress, le
sentiment d'être pas au bon endroit, tout ce côté négatif de la fin viens de
partir de ma tête et de mon esprit. Oufffffff quel soulagement!!!! Enfin je
peux profiter de mon arrivée. Le seul problème c'est l'énergie que j'avais pour
la finale, je l'ai encore dans les jambes. C'est assez rare que je croise le
fil d'arrivée avec encore du jus. Cette fois c'était le cas. De l'énergie pour
terminer rapidement (possible pace de 10km...c-à-d: cadence moyenne d'une
course de 10km), mais aussi encore pour faire quelques km. Combien? Je ne sais
pas trop! Mais est-ce que je serais prêt pour un 35-40km? Hummm!?
L'après-course d'une course en sentiers c'est plein de choses à se raconter.
Contrairement à la course sur route, tout le monde à ses petites histoires de
son aventure. Pour moi ça aura été la fin écourtée de 2.5km. Pour d'autres
c'est une chute, des douleurs, arrêts, descentes rapides, difficiles montées etc etc... Mais
chacun à son histoire. Les mêmes personnes avec qui nous avons parlé au début
de la course nous refaisons le processus inverse à la fin de la course.
J'étais en ''solo''. Comme j'avais dit, je suis venu tout seul à la course.
Ça m'arrive souvent. Donc pas trop affecté d'arriver seul, courir seul et
repartir seul. Cependant, j'avais un ami qui était inscrit au 55km. Le hic! Je
ne savais même pas s'il avait pris le départ. Et je savais encore moins quand,
il allait passer l'arrivée. Donc, après que je me sois changé, j'ai été au fil
d'arrivée pour aller encourager les ''finishers'' de toutes les distances. Ça
rentrait, du 25km, du 55km, du 80km, 160km et les coureurs à relais. Bien des coureurs,
mais pas de Marc. J'ai fait quelques aller-retour dans l'aire d'arrivée pour voir,
mais pas de nouvelle. Vers 16:00 (ça faisait quand même 2h que j'étais arrivée)
j'étais sur mon départ. J'ai décidé d'aller voir encore un 15-20min au cas ou.
Au début de l'arrivée, je croise un coureur de la rive-sud avec qui j'avais
couru une bonne partie d'une course l'automne passé. Je parle avec lui de sa
première expérience en course de sentiers et il venait de ne compléter rien de
moins que 55km. Parle, parle, jase, jase, lorsque je vois au loin sa silhouette de coureur. Je l'ai reconnu. C'était Marc qui s'approchait de l'arrivée. Son
premier 55km. Je lui serre la main en courant quelques mètres avec lui et le
laissant ''filer'' vers la ligne d'arrivée. J'étais très fier pour lui. Surtout
content d'avoir été là pour le voir arrivé. On a parlé quelques minutes avant
de regagner nos voitures respectives dans le stationnement qui étaient stationnées
à une voiture près l'une de l'autre. Il y avait deux différences entre Marc et
moi. Il venait de faire plus du double de la distance en plus de faire 4 fois
le temps et définitivement ça lui prenait 4 fois plus de temps se pencher pour
ramasser quelque chose parterre que moi. :P Sur ce je tiens à te féliciter Marc
pour cet exploit hors du commun.

Pour en finir avec Bromont. C'est une très belle organisation. Je sais que l'inscription
a fait peur à quelques coureurs. (levée de fonds...) Le site est parfait. Le
circuit que j'ai fait (25km) était un circuit complet. Chemin terre battue, de
bonnes montées, des petits bouts techniques, endroits plus faciles... C'est
grand, il y a du stationnement, départ-arrivée, aire de camping (pour les
braves). Les organisateurs connaissent la course, la pratique, la vivre et
savent comment nous la transmettre. Bravo! L'an prochain, s'il y a, n'hésitez
pas à y aller. Il y avait un 6km, un 12km (le samedi), et les plus longues
courses (25-55-80km) le dimanche (sans oublier le 160km le samedi matin tôt). Je tiens à
féliciter tous les membres de SMSH (Sentiers Mont St-Hilaire) qui étaient présents.
Au relais: Marc Massé (et pour toute l'organisation de tes groupes -
félicitations et merci de donner ton temps), Pierre Vaillancourt, Annie
Richard. Au 12km: Marie-Chantale Gauthier. Au 55km: Marc Laumaillier,
Christelle Roy-Corbin (45km) Au 160km: Patrice Mc Lean (90km). Bravo à vous
tous. Si j'oublie des noms, je suis désolé. Je tiens aussi à féliciter Joan
Roch pour sa performance sur le 160km. Lorsque tu prévois faire environ 18h et
que tu ajoutes 4h de plus ça doit être toute un défi supplémentaire.
Pour en finir avec mon 22.6km. ;) Je suis très content de ma course.
J'aurais aimé être sur un 28-30km. Je crois que j'aurais pu m'approcher encore
plus des meneurs. Mais il faut que je regarde ce que j'ai fait comparativement
à St-Donat. Je n’ai pas cassé avant la fin, j'ai pris les bouts plus faciles
avec plus de modération, j'ai été plus patient et le lundi midi (le lendemain)
j'allais courir un 17km sans trop de douleur. Ce que je n'aurais jamais fait le
lendemain de St-Donat. Oui, je suis content et maintenant la question demeure:
qu'est-ce qui s'en vient pour moi??? La mauvaise nouvelle c'est que j'en ai
aucune idée. La bonne c'est que j'ai environ 6 mois pour y réfléchir. D'ici la, la
satiété aura été atteinte, j'en suis certain.
Merci BromontUltra et à l'an prochain!