mardi 11 novembre 2014

Une fin de saison en course à pied. Ça existe!?



     Dimanche, il y a deux semaines,  c’était ma dernière compétition de l’année 2014. La fin de saison de mes compétitions. Pour plusieurs, octobre marque la fin des compétitions. Certains couperont complètement les ponts non seulement avec les compétitions, mais aussi avec la course à pied. Pour d’autres, il y aura un ralentissement. Et à l’opposé, pour compenser durant la période morte, plusieurs coureurs pousseront la machine de novembre à mars avec des défis personnels et collectifs.  Finalement, un bon nombre de coureurs ne changeront rien de leur routine. Mais qu’est-ce qu’il faut faire durant cette période??? Tout arrêter, ralentir, en donner encore plus…???

Dans tous les sports, incluant bien entendu la course à pied, un repos est commandé. Un repos pouvant aller d’une à quelques semaines et même quelques mois. Un repos et/ou une diminution de l’activité en question. Personnellement, depuis que je suis avec un entraîneur (au cours des 3 dernières années) j’ai droit à une phase de ralentissement de course d’environ 3 mois. Un repos complet d’au moins une semaine,  une diminution du volume de course (nombre de km/jour et km/sem) et une diminution de l’intensité (vitesse). Habituellement les mois de novembre, décembre et janvier sont réservés pour cette phase. Ai-je besoin de cette période? Personnellement, c’est un oui catégorique. Je ne connais pas beaucoup d’athlète et ce peu importe le sport, qui ne prend pas aucune pause durant une année. Que ce soit au hockey, ski, vélo, football, soccer et tant amateur que professionnel, les pauses sont appliquées dans tous les sports. Plusieurs continueront de s’entraîner, mais en pratiquant d’autres activités. 


Mais demeurons en course à pied. J’y vois cinq points importants par rapport à la diminution de l’entraînement.


1-      Laisser le temps aux blessures ou inconforts pour une meilleure guérison.

2-      Utiliser nos réserves de graisse (courir sur nos lipides)

3-      Décrocher de l’intensité pendant un moment (récupérer des 9 derniers mois)

4-      Développer une approche positive face à l’entraînement à basse intensité (EBI)

5-      Revoir et/ou se fixer de nouveaux objectifs pour garder le cap sur la future saison.



Le point #1 est clair. Même sans blessure d’importance (c.-à-d. : blessures qui n’ont aucune incidence sur l’entraînement ou la compétition) nous avons tous des points d’inconforts ou des petits maux aigus ici et là. De prendre un petit recule et de se donner du temps  pour pallier aux blessures c’est un geste intelligent. Ne serait-ce que de faire le point sur tous les petits bobos et voir avec la prochaine année comment améliorer ces points. Ex : un mal de genou. Voir avec un spécialiste comment vous pourriez, dans les prochains mois, adapter ou changer certaines habitudes de courses. De nouveaux exercices, étirements, traitements, etc... Peut-être que vous ne trouverez pas aucune solution, mais juste le fait d’essayer sera une étape de plus de votre processus. C’est une période tout à fait adaptée pour justement régler vos problèmes.

Le 2e point est selon beaucoup d’experts un point clé pour la saison ‘’morte’’. Pour faire un bref résumé, plus vous courez rapidement plus les glucides (énergie emmagasinée dans vos muscles et votre foie sous forme de glucose/glycogène) sont sollicités. Plus vous courez lentement plus les lipides ou graisses (les acides gras qui se retrouvent dans vos tissus adipeux) seront utilisés. En générale, plus vous habituez votre corps à utiliser vos lipides, plus la phase glycogénique sera repoussée. Mais il faut faire attention. Vous ne courez jamais un 5km sans toucher à votre glycogène. Par contre, lorsque vous serez en mode entraînement pour un marathon, pour vos longues sorties, repousser la phase glycogénique à son plus loin sera bénéfique pour vous. Bien entendu lors de votre marathon, et même le demi, si vous êtes capable d’économiser 5 ou 10 min de votre réserve de glycogène, ça pourrait faire toute une différence à la fin. Demandez à tous les marathoniens s’ils accepteraient de reporter le mur de 2 ou même 1 km, et sans aucune hésitation que la réponse sera un gros oui. Comme exemple, j’ai lu que lorsque nous courons lentement (60-70% de notre FCM) c’est environ 80 à 90 % de notre énergie consommée qui provient directement de nos sources de lipides.

Troisième point. On ne l’observe pas toujours. Mais s’entrainer avec intensité, compétitionner aux 2 ou 3 semaines pendant 8 ou 9 mois c’est exigeant. Pour s’en rendre compte, il faut s’arrêter. Faire un gros ‘’zoom out’’ comme je dis souvent. J’avoue que plusieurs croient que ralentir fera qu’ils seront ‘’moins en forme’’ et qu’ils perdront tout ce qu’ils ont acquis pendant les derniers mois. J’y vois une autre approche. Reprendre des forces, nos énergies, et non seulement physique, mais aussi psychologiquement. Plusieurs l’oublient.  Les non-coureurs nous le disent souvent. Mais comment vous faites? Pour courir si longtemps, plusieurs fois par semaine, toujours sans arrêter? C’est vrai!  Lorsque nous sommes dans le feu de l’action nous ne le voyons plus. Coupez son volume de course de 30-50% ça nous permet de prendre ou plutôt reprendre du temps sur autre chose.  Et pas d’inquiétude pour la forme. En quelques semaines au printemps ça va revenir tout seul.

L’avant-dernier point. Courir lentement! Facile? Utile? Payant? Facile de courir 60 ou 75 secondes sous votre pace marathon?? Pas si simple. Durant les deux dernières années, c’est possiblement, au point de vue de la discipline technique, l’adaptation la plus difficile que j’ai eu à faire. Oui, courir 2 ou 3 km lents ça va. Mais faire les longues sorties de 18-20km à un pace qu’on ne court jamais, c’est une autre histoire. Ça demande une concentration et un effort disciplinaire un peu hors du commun. Pas le même feeling que lorsque nous sortons de la zone de confort dans les intervalles de vitesse, mais une constance accrue implicative de notre discipline face au respect de notre plan d’entraînement. L’EBI (l’entraînement à basse intensité) peut sembler  non essentiel à notre entraînement. Et pourtant l’EBI devrait être entre 80 et 90 % du total de nos entraînements.  Je vous invite à lire cet article (EBI-EIM-EHI). Catégorisé sous l’appellation ‘’d’entraînement polarisé’’, ce mot risque de devenir de plus en plus utilisé dans les prochains mois ou prochaines années. De plus en plus de coureurs, sans même le savoir, utilisent ce type d’entraînement et les résultats y sont. À lire : L'entraînement polarisé

Le dernier et non le moins important, c’est de faire le point sur l’année qui vient de passer et l’année qui s’en vient. Qu’est-ce qui a ou n’a pas fonctionné pour vous. Tenter de ne pas répéter les erreurs de l’année qui vient de passer. Au contraire ce qui a fonctionné on l’amène avec nous pour l’année qui débute dans quelques semaines. Important. Refaire votre liste de vos objectifs à court terme (3 à 6 prochains mois), moyen terme (6 mois à 1an) et long terme (2ans et plus).  J’ai toujours ces objectifs en têtes. Parfois ils changent, mais le but c’est qu’ils soient bien définis à l’avance.  Préparer votre corps, mais aussi votre cerveau à se conditionner aux défis qui s’en viennent. Je crois fermement que de ne pas avoir d’objectif précis, mais plutôt improvisé, nuie aux résultats et augmente les conséquences négatives.


Bref, que vous soyez un coureur aguerri ou débutant, un coureur qui s’arrête ou ralenti, ou tout simplement qui ne prend jamais de pause, prenez quand même quelques minutes afin de réfléchir à votre année qui vient. Et par-dessus tout, faites-vous une belle rétrospective de l’année qui vient de passer.  N’oubliez pas que l’important, c’est d’être confortable dans toutes vos décisions que vous allez prendre. Donc, une fin de saison ça existe ou pas? J'ai malheureusement pas la réponse. Mais vous, vous l'avez! Bon repos, bonne continuité et surtout bonne course.

P.S. Prochain billet, Courir en hiver.